Images sous licence privée.

Sophie Dri Desprez – Dessin Photographie

Char aussi

Les oiseaux libres ne souffrent pas qu’on les regarde. Demeurons obscurs, renonçons à nous, près d’eux. René Char – Les compagnons dans le jardin – 1957 // Dans mon ciel, 27-04-19

Et pourtant on est si fier d’avoir des enfants. (Mais les hommes ne sont pas jaloux.) Et de les voir manger et de les voir grandir. Et le soir de les voir dormir comme des anges. Et de les embrasser le matin et le soir, et à midi. Juste au milieu des cheveux. Quand ils baissent innocemment la tête comme un poulain qui baisse la tête. Aussi souples comme un poulain, se jouant comme un poulain. Aussi souples du cou […]

Un prologue

J’étais cet enfant cruel et joyeux, qui pourchassait les lézards dans la rocaille brûlante, débusquait les truitelles sous les pierres plates des torrents, encageait grillons et sauterelles, froissait toutes choses entre ses doigts impatients. J’étais cet adolescent gauche, embarrassé de lui-même, qui quêtait le compliment de son père et pour cela s’évertuait à abattre perdreaux et faisans au débouché des haies, lièvres au sortir des chaumes, sangliers et chevreuils dans la paix matinale des sous-bois. Je suis devenu – par […]

Fixation

On dit souvent que la photographie fixe l’éternité. Une photographie pose sur un support matériel -et maintenant aussi virtuel- un regard, par essence éphémère et sans attache, à part la volonté de mémoire de celui qui regarde. Même si on la retouche, la recadre, la remonte, elle n’en demeure pas moins une fixation du temps éternelle, ou l’idée qu’on se fait de l’éternité – elle est une fixation d’éternité. Je suis toujours troublée quand je considère que tout ce que […]

Enfermé

En m’approchant, j’ai découvert l’homme enfermé dans la fleur de pissenlit en graines. J’ai été surprise ! l’espace d’un instant mon cœur s’est serré et a battu la chamade, mes yeux se sont écarquillés et je l’ai pris en photo pour qu’on le voie. Il tournait là, sur son petit tapis moelleux, au centre des barreaux duveteux; j’ai eu peur qu’il me fasse signe. Il m’a fait penser à ces personnages qu’on rencontre dans le Petit Prince, ces êtres seuls […]

Connexion

Il était trois petits enfants Qui s’en allaient glaner aux champs. S’en vont au soir chez un boucher. « Boucher, voudrais-tu nous loger ? Entrez, entrez, petits enfants, Il y a de la place assurément.» Ils n’étaient pas sitôt entrés, Que le boucher les a tués, Les a coupés en petits morceaux, Mis au saloir comme pourceaux. Saint Nicolas au bout d’sept ans, Saint Nicolas vint dans ce champ. Il s’en alla chez le boucher : « Boucher, voudrais-tu me loger ? » « Entrez, entrez, saint Nicolas, Il y a d’la place, il n’en manque pas. » Il n’était […]

Mise en abîme

Si tu regardes longuement l’abîme, l’abîme finit par regarder en toi. F. Nietzsche – Sur le théâtre du monde. // Narcissus jonquilla , Mur de la peste, collines , 23-03-19

Miroir

Ce qui m’attache le plus, quant à moi, dit Sylvestre, c’est la nature vivante, le mobile vêtement terrestre. Je ne me suis jamais lassé d’étudier avec le plus grand soin la nature différente de chaque plante. Les végétaux sont le langage le plus direct du sol ; chaque nouvelle feuille, chaque plante particulière, c’est quelque secret qui cherche à s’exhaler et qui, plein d’amour et de désir, ne pouvant faire un mouvement ni prononcer un mot, devient une plante silencieuse […]

Nous y voilà !

Voilà enfin l’équinoxe , (celle qui fait mal au dos et à la colonne vertébrale soit dit en passant), qui change l’ordre dans la lumière et ses ombres en passant par l’égalité du jour et de la nuit (ça ferait un beau programme politique tiens). Je rêve de voir la Terre d’assez loin (mon syndrome Thomas Pesquet ?) pour assister à cette danse mécanique, pour voir la ligne de lumière et d’ombre s’avancer en même temps qu’elle tourne et qu’elle […]

Entre deux

Les trois états de la fin de l’hiver dans l’amandaie sage. Il y a quelque chose de modeste dans l’amandier mais aussi de raffiné dans le goût du fruit, son parfum et sa couleur, alors que la cerisaie en fleurs ressemble aux Champs-Elysées qu’on décore de guirlandes à Noël, plus clinquante que l’amandaie, joyeuse comme les fruits ronds, rouges et juteux qui pendent par deux dès le mois de mai. Printemps après printemps je ressens toujours le même émerveillement quand […]