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Monthly Archives: avril 2019

Char aussi

Les oiseaux libres ne souffrent pas qu’on les regarde. Demeurons obscurs, renonçons à nous, près d’eux. René Char – Les compagnons dans le jardin – 1957 // Dans mon ciel, 27-04-19

Et pourtant on est si fier d’avoir des enfants. (Mais les hommes ne sont pas jaloux.) Et de les voir manger et de les voir grandir. Et le soir de les voir dormir comme des anges. Et de les embrasser le matin et le soir, et à midi. Juste au milieu des cheveux. Quand ils baissent innocemment la tête comme un poulain qui baisse la tête. Aussi souples comme un poulain, se jouant comme un poulain. Aussi souples du cou […]

Un prologue

J’étais cet enfant cruel et joyeux, qui pourchassait les lézards dans la rocaille brûlante, débusquait les truitelles sous les pierres plates des torrents, encageait grillons et sauterelles, froissait toutes choses entre ses doigts impatients. J’étais cet adolescent gauche, embarrassé de lui-même, qui quêtait le compliment de son père et pour cela s’évertuait à abattre perdreaux et faisans au débouché des haies, lièvres au sortir des chaumes, sangliers et chevreuils dans la paix matinale des sous-bois. Je suis devenu – par […]

Fixation

On dit souvent que la photographie fixe l’éternité. Une photographie pose sur un support matériel -et maintenant aussi virtuel- un regard, par essence éphémère et sans attache, à part la volonté de mémoire de celui qui regarde. Même si on la retouche, la recadre, la remonte, elle n’en demeure pas moins une fixation du temps éternelle, ou l’idée qu’on se fait de l’éternité – elle est une fixation d’éternité. Je suis toujours troublée quand je considère que tout ce que […]

Enfermé

En m’approchant, j’ai découvert l’homme enfermé dans la fleur de pissenlit en graines. J’ai été surprise ! l’espace d’un instant mon cœur s’est serré et a battu la chamade, mes yeux se sont écarquillés et je l’ai pris en photo pour qu’on le voie. Il tournait là, sur son petit tapis moelleux, au centre des barreaux duveteux; j’ai eu peur qu’il me fasse signe. Il m’a fait penser à ces personnages qu’on rencontre dans le Petit Prince, ces êtres seuls […]

Connexion

Il était trois petits enfants Qui s’en allaient glaner aux champs. S’en vont au soir chez un boucher. « Boucher, voudrais-tu nous loger ? Entrez, entrez, petits enfants, Il y a de la place assurément.» Ils n’étaient pas sitôt entrés, Que le boucher les a tués, Les a coupés en petits morceaux, Mis au saloir comme pourceaux. Saint Nicolas au bout d’sept ans, Saint Nicolas vint dans ce champ. Il s’en alla chez le boucher : « Boucher, voudrais-tu me loger ? » « Entrez, entrez, saint Nicolas, Il y a d’la place, il n’en manque pas. » Il n’était […]