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Dessiner c’est…

… “L’acte de dessiner est une forme active de contemplation, une forme de concentration extrême sur deux lieux à la fois, bien qu’ils soient incommensurables : la mine aiguisée du crayon qui glisse sur le papier, et le paysage dans lequel on est assis, c’est la pointe aiguë de la conscience qui s’affole à saisir la totalité.

Car la question se pose : comment saisir un paysage ? Un paysage enveloppe, il a un effet puissant qu’il est difficile à définir, il pose une énigme toujours prêt d’être résolue, mais non, c’est comme un mot sur le bout de la langue, mais une langue qui serait le corps entier. Le geste sur la feuille laisse une trace en lien avec ce que l’on voit,  et ce filet crayonné par une forme d’hallucination finit par le saisir ; quoi que l’on entende par ce terme.

Dans un paysage, on peut ressentir la même inquiétude que saint Augustin face à Dieu, ce qui n’est pas hors de propos tant John Muir voit tout par le prisme du divin : “Tu es au plus intime de moi-même, et à la fois Tu me contiens.” écrivait ce saint introspectif, et cela peut décrire le rapport au paysage.

Dessiner soulage, apaise, canalise le corps qui sinon s’agite en vain ; dessiner permet de voir mieux qu’avec les yeux qui sautillent d’un point à l’autre, permet d’attraper le monde et de se savoir dedans. La qualité du résultat n’a pas d’importance, quand on se réveille de ce moment où l’on a mangé le paysage, on peut bien partir en laissant le dessin, il ne manquera pas, tout a été accompli au moment de le faire.”

Alexis Jenni – J’aurais pu devenir millionnaire j’ai choisi d’être vagabond – Editions Paulsen 2020.

 

Quelle belle définition du dessin n’est-ce pas ? En lisant ce livre dont le propos est surtout de retracer la vie et les choix du célèbre John Muir, naturaliste à la vie emblématique, (un peu aux antipodes de celle de Thoreau), précurseur de la conscience écologique, et défenseur-protecteur du parc national américain du Yosemite en Californie, qui sans lui n’aurait pas vu le jour, en lisant ce livre donc, le passage sur l’acte de dessiner m’a semblé presque parfait tant c’est vrai.

Juste à la place de “paysage”, j’aurais écrit “sujet”. Car quel que soit le sujet que l’on dessine, paysage, objet, portrait, animal, fleur, architecture etc.  le geste et la démarche sont identiques en tous points de vue.

Pour illustrer cela, je vous propose de regarder cette sauterelle sur une marguerite, qui semblait m’adresser une amicale pensée lorsque nous nous sommes rencontrées dans une prairie au mois de juin dernier.

Je l’ai photographié avant de la reprendre, au frais dans mon atelier, au pastel sec et à l’encre noire.

 

 

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