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Il était trois petits enfants 
Qui s’en allaient glaner aux champs.

S’en vont au soir chez un boucher. 
« Boucher, voudrais-tu nous loger ? 
Entrez, entrez, petits enfants, 
Il y a de la place assurément.»

Ils n’étaient pas sitôt entrés, 
Que le boucher les a tués, 
Les a coupés en petits morceaux, 
Mis au saloir comme pourceaux.

Saint Nicolas au bout d’sept ans, 
Saint Nicolas vint dans ce champ. 
Il s’en alla chez le boucher : 
« Boucher, voudrais-tu me loger ? »

« Entrez, entrez, saint Nicolas, 
Il y a d’la place, il n’en manque pas. » 
Il n’était pas sitôt entré, 
Qu’il a demandé à souper.

« Voulez-vous un morceau d’jambon ? 
Je n’en veux pas, il n’est pas bon. 
Voulez vous un morceau de veau ? 
Je n’en veux pas, il n’est pas beau !

Du p’tit salé je veux avoir, 
Qu’il y a sept ans qu’est dans l’saloir.
Quand le boucher entendit cela, 
Hors de sa porte il s’enfuya.

« Boucher, boucher, ne t’enfuis pas, 
Repens-toi, Dieu te pardonnera. »
Saint Nicolas posa trois doigts.
Dessus le bord de ce saloir :

Le premier dit: « J’ai bien dormi ! » 
Le second dit: « Et moi aussi ! » 
Et le troisième répondit :
« Je croyais être en paradis ! »

Gérard de Nerval, La complainte de St Nicolas, 1842 // Camargue, 31-03-19

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